S’il est des villes que les rivières aiment refléter, Loches et Beaulieu-lès-Loches sont forcément de celles-là.
Remarquable par ses dimensions, (37 mètres de hauteur, 25 mètres de long sur 13 mètres de large), et par son excellent état de conservation, le Donjon roman est érigé par Foulques Nerra, comte d’Anjou autour de l’an Mil. C'est le plus grand et le plus beau des donjons du XIème siècle conservé en Europe (Une animation vidéo en images de synthèse restitue le Donjon à cette époque).
De la cour du donjon, « le Martelet » (XVème siècle), curieuse tour carrée, ne présente à première vue, rien de remarquable. C'est depuis les fossés qu'on voit sa haute façade verticale percée de trois fenêtres superposées munies de grilles de fer. Cette façade recouvre le rocher dans lequel d'anciennes carrières furent aménagées en cachots.
Le cardinal de la Balue, qui avait conspiré contre le roi Louis XI au bénéfice du duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, fut emprisonné en 1469 dans la Tour Ronde. On raconte que le cardinal fut enfermé dans l'une de ces cages que, par ironie du sort, il avait peut-être lui-même inventées. Ce que l'on appelait "fillettes de Louis XI", c'étaient les boulets de fer que les prisonniers étaient obligés de traîner au bout d'une chaîne.
Philippe de Commynes, le fameux chroniqueur de Louis XI, fut lui aussi emprisonné à Loches.
Un escalier descend au cachot de Ludovic Sforza dit le More, duc de Milan et protecteur de Léonard de Vinci. Il s’agit d’une salle rectangulaire taillée partiellement dans le rocher. Ludovic Sforza embellit sa cellule de peintures dont il ne reste que quelques lambeaux. Il expia pendant huit ans à Loches ses roueries et ses traîtrises. A sa libération, la lumière du soleil fut trop vive, la liberté trop grisante : il en serait mort sur place.
Sous le cachot de Ludovic Sforza s'en trouve un autre, de forme semblable. Seule une faible lueur vient éclairer la pièce et il est émouvant de voir la pierre usée par les mains et les pieds des prisonniers qui s'agrippaient de leur mieux pour atteindre l'unique fenêtre et jouir du maximum de lumière. Cette salle est appelée cachot des Évêques à cause du petit autel et des nombreuses croix gravées dans la roche.


Vous êtes, ici, à 20 mètres en dessous du niveau actuel de la cour. Cette galerie fut creusée au XIème siècle pour en extraire le tuffeau, utilisé pour la construction du Donjon. Au Moyen Age, une partie de ces souterrains servait peut-être de refuge et permettait de quitter la forteresse en cas de siège. Aujourd’hui, en empruntant cette galerie, vous retrouverez la liberté...
On parle d'une grande quantité de pièces et de grottes souterraines sous le château de Loches. On dit également qu'un gouverneur du château, Pontbrilliant, voulant explorer les sous-sols, fit ouvrir quelques vieilles portes murées depuis longtemps; après avoir parcouru plusieurs galeries souterraines qui s'enfonçaient dans le cœur du rocher, le gouverneur arriva à un dernier portail derrière lequel se trouvait une chambre renfermant un homme de grande stature, assis, la tête entre les mains.
Il s'aperçut alors qu'il s'agissait d'un cadavre que l'air sec du cachot avait momifié. Le vent provenant de l'extérieur le réduisit rapidement en poussière, il y avait également un coffret qui contenait quelques vêtements pliés avec soin. Selon certains, il ne s'agit pas d'une légende mais d'une réalité car des os de ce mystérieux prisonnier furent exposés dans la collégiale Notre-Dame.

Bâti sur la pointe de l’éperon rocheux dominant la vallée de l’Indre, le Logis Royal est l’une des résidences favorites des Valois pendant la guerre de Cent Ans. Charles VI érige un premier corps de logis, au sud, inspiré de l’architecture militaire, à la fin du XIVème siècle. Ses successeurs le prolongent un siècle plus tard au nord d’un deuxième bâtiment, dont la façade reçoit un décor de style gothique flamboyant. Trois femmes illustres ont marqué l’histoire du Logis Royal : Jeanne d’Arc, Agnès Sorel et Anne de Bretagne.
Jeanne y vint du 22 au 24 mai 1429. Elle y convainquit le roi de commencer les opérations de reconquête en se faisant sacrer à Reims, plutôt que d'attaquer les Anglais en Normandie. En attendant le rassemblement de l'armée prévu à Gien, une expédition fut montée sous le commandement de Jean d'Alençon pour reprendre les villes de la Loire encore aux mains des Anglais : Jargeau, Meung e Beaugency.
Placé dans la salle dite de Charles VIII, l’Oratoire d’Anne de Bretagne est une pièce minuscule finement ornée de l’hermine bretonne et de la cordelière de saint François. Le dais faisant face à l’autel abritait le siège royal.
(En référence à ces personnages, des expositions d’œuvres d’art abordent, en saison, le thème de la féminité et de l’amour courtois).

Fondée à la fin du Xème siècle par le comte d'Anjou Geoffroy Grisegonelle pour abriter une précieuse relique, la ceinture de la Vierge. Son architecture est marquée par son portail polychrome sculpté de personnages et d’animaux tirés du bestiaire du Moyen Age et par les deux pyramides appelées « dubes » élevées vers 1165.

Ouverte sur la troisième ceinture de remparts de la ville basse au XVème siècle, la Porte des Cordeliers était munie de deux ponts-levis franchissant la rivière. Son nom lui vient de la proximité du couvent des Cordeliers Franciscains. Elle laissait entrer les voyageurs venus par la route d’Espagne.

Accolé à la Porte Picois, cet édifice de style Renaissance fut construit entre 1535 et 1543 sous l’impulsion de François Ier. Il est formé d’un corps de bâtiment et d’un pavillon d’escalier Renaissance « rampe sur rampe ». Sur la façade sont sculptées des lucarnes aux armoiries de la ville et la salamandre de François 1er.

Ouverte dans la troisième ceinture de remparts au XVème siècle, elle se caractérise par son système défensif avec pont-levis, herse et mâchicoulis. Sa façade intérieure est agrémentée d'une fenêtre gothique et d'une niche renaissance surmontée d'un dais qui abritait une statue de la "Vierge au Coeur" (une copie remplace la statue qui se trouve au musée Lansyer).

Jouxte la porte des Cordeliers. Ancien clocher d’une église et ancien beffroi de la ville, elle fut construite entre 1529 et 1575 et constitue un bel exemple de l’architecture renaissance. Elle culmine à 52 m.


Au cœur de la cité royale de Loches et accrochée aux remparts, la Maison Lansyer occupe la demeure familiale du peintre Emmanuel Lansyer (1835-1893). Ami du poète José-Maria de Heredia, élève du fameux architecte Viollet-Le-Duc, il l'est aussi de Gustave Courbet. Il lègue sa maison à la ville de Loches, qui y crée, en 1902, le musée Lansyer. Tout au long d'une carrière officielle, il peint plus de 1.500 toiles. Aujourd'hui, plus d'une centaine d'entre elles s'offrent à notre regard parmi une exceptionnelle collection d'art japonais, un ensemble rare de gravures originales de Piranèse, Canaletto, Gustave Doré, Millet, Hugo et Corot, ainsi que des esquisses de Delacroix (diaporama « Les couleurs du Temps » et animation sonore et visuelle dans l’atelier).



« Je suis né à Loches, jolie petite ville de Touraine… », écrivait Alfred de Vigny. Sa famille, des nobles ruinés par la Révolution, était intimement liée à l'histoire de la ville depuis la Renaissance mais le futur poète la quitta très tôt. Il n’avait que quelques mois lorsque ses parents quittèrent leur maison de Loches pour Paris, et ce ne fut qu’en touriste qu’il revint, beaucoup plus tard, dans la vallée de la Loire. Une page, cependant, célèbre - et avec quelle ferveur - la beauté de cette province. On la trouve au début de son roman Cinq Mars. Ne croirait-on pas qu’Alfred de Vigny ait voulu, là, effacer l’indifférence qu’il avait jusqu’alors manifesté pour son berceau ?

Le Jardin de la France
 « Connaissez-vous cette contrée que l’on surnommait le Jardin de la France, ce pays où l’on respire un air si pur dans les plaines verdoyantes arrosées par un grand fleuve ? Si vous avez traversé, dans les mois d’été, la belle Touraine, vous aurez regretté de ne pouvoir déterminer, entre les deux rives, celle où vous choisiriez votre demeure, pour y oublier les hommes auprès d’un être aimé. Lorsque l’on accompagne le flot jaune et lent du beau fleuve, on ne cesse de perdre ses regards dans les riants détails de la rive droite. Des vallons peuplés de jolies maisons blanches qu’entourent des bosquets, des coteaux jaunis par les vignes ou blanchis par les fleurs du cerisier, de vieux murs couverts de chèvrefeuilles naissants, des jardins de roses d’où sort tout à coup une tour élancée, tout rappelle la fécondité de la terre ou l’ancienneté de ses monuments, et tout intéresse dans les oeuvres de ses habitants industrieux ».  (Cinq Mars).