"La sculpture s'installe dans le même milieu que celui qui la contemple. 
Chaque pas de l'observateur, chaque heure du jour, ... engendre à une sculpture une certaine apparence, toute différente des autres." (Valéry)

Surnommé l'Ermite et atteint d’hémiplégie, l'abbé FOURE (1839 – 1910), ancien directeur du collège de St Malo, meubla sa solitude en ciselant pendant 25 ans 300 figures dans la roche granitique de la côte. S'inspirant de l'histoire de la famille Rothéneuf composée de corsaires mais aussi pècheurs, pirates et contrebandiers qui ont dominé la côte à partir du milieu du XVIe siècle, il entreprit un travail colossal dont une bonne partie reste encore gravée dans le roc. S'étalant sur près de 500 mètres carrés de rochers sur la falaise, la saga des Rotheneuf se lit comme dans un livre ...

Les Rotheneuf étaient des marins émérites et d'intrépides guerriers qui étaient arrivés, grâce à la terreur qu'ils faisaient règner, à se faire respecter par les Malouins eux-mêmes ! 
Ils construisaient des vaisseaux rapides et robustes appelés "fléches des flots" avec lesquels ils écumaient les mers afin de s'enrichir au détriment de leurs malheureuses victimes. Ils étaient sans doute corsaires mais aussi pirates !
Apres au gain et parfois irascibles, leurs 
rapports de voisinage se voulaient 
toutefois francs et chevaleresques afin d'éviter les heurts avec les seigneurs locaux.
Face à la Pointe, les petites îles, rochers et cailloux qui émergent au gré des marées ont hérité du surnom de plusieurs membres de la tribu : l'Ours, l’Egyptien, le Haut Queue, la Bigne, le Grand Poin-tu, Trois Pierres, le Grand et le Petit Chevreuil et d'autres encore sont évocateurs des caractères de ceux-ci ...
Mais les composantes de cette superbe fresque ne se limitent pas à l'histoire des Rotheneuf. Elle se veut une allégorie des moeurs de l'époque qu'elle raconte.
Il faut scruter les rochers, pierre par pierre, pour en découvrir les différentes facettes...
Sculptures paraissant parfois monumentales grâce à une mise en valeur des perspectives, le visiteur est surpris lorsqu'il les découvre : elle reviennent alors à une taille humaine ...
Là, un reptile marin semble gravir la falaise, se faufilant dans les méandres d'une représentation presque irréelle ..., plus loin un monstre à tête de salamandre bondissant sur sa proie, ailleurs encore un démon paraissant sortir de l'enfer à la recherche d'une victime.
Les représentations de Saints, tels Urbain, Budoc ou Sylvain et une reproduction de la chapelle Saint-Budoc complètent le tableau. 
En tout une galerie de portraits dont certains, plus hideux que les autres, tendent à représenter le caractère des différents membres d'une famille dont le destin sera de disparaître dans la même violence que celle qu'elle aura engendré ...
Décédé en 1910 à l'âge de 71 ans, l'abbé Fouré a laissé derrière lui une oeuvre unique au monde ! 

Exposée en plein vent, la puissance des tempêtes et l'érosion des embruns abîment irrémédiablement cette fresque gargantuesque dont certains détails ont déjà disparu. 

Si vous passez par la, jettez absolument un œil avant qu’elle ne disparaisse complètement.